Source : France Culture

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Comment lire Raymond Roussel en ce XXIe siècle ? Infiniment intrigante par sa construction en abîme, ses facéties de langage et ses jeux de miroir, l’œuvre de Roussel n’a cessé de susciter l’interrogation et les interprétations les plus contrastées.

Le personnage fascina: Roussel et ses manies, Roussel et ses phobies, Roussel et ses caprices de milliardaire. Les contemporains ignorèrent cette œuvre publiée à compte d’auteur.

Son théâtre fut conspué par le grand public de l’époque mais porté au pinacle par les surréalistes qui célébrèrent en son auteur avec André Breton « le plus grand magnétiseur des temps modernes ».

Les structuralistes décelèrent en ces textes cryptés l’annonce du Nouveau Roman. Doit-on comme certains se laisser happer au premier degré par cette cavalcade d’aventures irréelles, entre Jules Verne et Camille Flammarion, qui revisitent le merveilleux des contes de l’enfance ? Doit-on rechercher des clés de langage et interpréter cette œuvre comme un rébus, comme nous y incite Roussel dans une ultime pirouette avec son ouvrage posthume « Comment j’ai écris certains de mes livres » ? Doit-on l’aborder à la lumière de l’analyse de son psychiatre le Docteur Janet qui étudia « le cas Martial » ?

En 1989, un trésor digne des aventures rousseliennes surgit: des cartons d’inédits confiés par l’auteur à une société de garde-meubles apparurent au grand jour, changeant totalement la perspective de l’œuvre et l’image de l’homme. A l’œuvre contrôlée et millimétrée confiée à la publication, s’opposèrent des milliers de rimes où l’imagination sans garde-fou se débride. Roussel apparait comme un homme assailli, qui sent tout, qui voit tout, en une hallucination permanente. Ce chaos d’impressions et de sensations qui le submerge fait exploser toute forme littéraire, inapte à représenter le maelstrom de son monde intérieur. Sous les vêtement corsetés du dandy, le corps frémit de sensualité et de pulsions meurtrières. Les dernières années de sa vie, Roussel le torturé, désormais quasiment ruiné, dériva entre scandales, hôtels louches, drogues et barbituriques. Le sens des écrits se délite, comme en atteste son ouvrage « Les Nouvelles Impressions d’Afrique ».

Voici venues les dernières crises de cette course à l’abîme à laquelle il met vraisemblablement un point final en cette nuit du 14 juillet 1933 à Palerme. Ultime énigme d’un homme égaré en son siècle qui avait mis en scène sa vie et construit son œuvre comme un inextricable labyrinthe phantasmatique où nul ne pourrait le rejoindre.

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